Les premières recherches conduites dans le cadre du Pietragalla Project commencent en 2015. Il s’agissait, dans un premier temps, de rassembler et d’étudier la documentation archéologique des précédentes campagnes de fouilles. Les réserves du Musée archéologique provincial de Potenza livrent non seulement des archives permettant de retracer l’histoire des recherches sur le site, mais aussi le matériel découvert lors des campagnes de fouilles de Francesco Ranaldi (1956-1965). Après étude, ces objets démontrent la position centrale de Monte Torretta dans un réseau de routes et d’échange à l’échelle interrégionale.

C’est ainsi qu’en mars 2016, la Commune de Pietragalla a organisé en collaboration avec la Surintendance de la Basilicate et le Musée archéologique provincial de Potenza, une journée d’étude visant à présenter les premiers résultats de cette activité d’étude documentaire.


2017

L’étude des archives et des objets archéologiques issus des anciennes fouilles a permis d’organiser en 2017 une exposition au musée de Potenza : Riscoprendo Monte Torretta di Pietragalla. I tesori nascosti del Museo Archeologico Provinciale di Potenza. Cette exposition a pour objectif de montrer la richesse archéologique du site et d’insister sur l’intérêt scientifique, culturel et touristique que pourrait représenter une nouvelle enquête archéologique de terrain, menée selon des méthodes modernes. Une application Android accompagne la visite de l’exposition, qui a par la suite intégré le parcours permanent du musée.

Parallèlement à l’inauguration de l’exposition, les premières opérations archéologiques du Pietragalla Project sont lancées en août 2017 sur le site de Monte Torretta par les universités de Paris (Panthéon-Sorbonne) et de Berlin (Humboldt), sous la direction de Vincenzo Capozzoli, Alain Duplouy et Agnes Henning et en collaboration avec la Surintendance de la Basilicate.

L’objectif principal de cette première mission était de réaliser de nouveaux relevés des structures visibles, telles qu’elles avaient été dégagées par nos prédécesseurs, tout en reportant l’ensemble des données dans un système d’information géographique (SIG) et une base de données relationnelle. Face à l’étendue de la tâche, les relevés topographiques se sont concentrés sur la partie sommitale du site (« acropole »). À cette occasion, des dénominations conventionnelles furent données aux deux principaux dispositifs du système de fortification : la Porta Livia correspond au passage ménagé dans le mur Sud de l’acropole, tandis que la Porta Marie désigne la porte principale de l’enceinte extérieure.

Ce retour sur le terrain a surtout permis de mettre en évidence diverses anomalies dans les relevés anciens, qui ne sont pas sans avoir des conséquences dans l’interprétation globale du site, en particulier au niveau des accès à l’acropole (Porta Livia). La campagne de 2017 a aussi révélé, sur le versant Nord de l’acropole, la présence de divers murs de terrasse parallèles, dont aucun ne se distingue particulièrement, remettant donc en question l’idée d’un unique mur de fortification faisant le tour de l’acropole, tel qu’on l’admettait jusqu’alors. À la fin de cette campagne, la question de l’enceinte fortifiée se trouvait donc posée de manière complètement nouvelle.


2018

La deuxième campagne archéologique, en juillet et août 2018, reçut le label scientifique et le soutien financier de l’Université franco-italienne. L’objectif de cette deuxième campagne était de poursuivre les travaux de relevés topographiques et archéologiques dans la partie Ouest du site, correspondant à l’acropole et au secteur de la Porta Marie.

De nouvelles données chronologiques du mur Sud de l’acropole ont été établies. Au moins trois phases de construction et d’utilisation ont été documentées, avec la majeure partie des restes appartenant à la deuxième phase. Celle-ci correspond notamment à l’insertion de murs de refend à distance variable, permettant au mur de soutènement de l’acropole de mieux résister aux forces exercées par le terrain en pente. Le mur est également équipé d’un système d’évacuation des eaux au moyen de barbacanes. Il fut également possible d’attribuer la (re ?)construction de la Porta Livia à la troisième phase, grâce entre autres à la présence d’un niveau de destruction. En l’absence d’une fouille stratigraphique, il est impossible de proposer pour l’heure une datation absolue des trois phases. Quant à la fonction du mur méridional de l’acropole, il peut tout autant s’agir d’un mur d’enceinte (avec la présence notamment d’un « bastion »), que d’un mur de soutènement de l’acropole.

La prospection topographique menée sur le versant Nord de l’acropole a également livré de nouvelles informations. Les divers murs de terrasses présentent une configuration très différente du mur d’enceinte extérieur comme du mur Sud de l’acropole : l’appareil est plus petit et irrégulier. Les vestiges de ces murs de terrasses sont du reste très partiels (tronçons intermittents), ce qui rend très hypothétique leur relation avec la section Sud du mur de l’acropole.

La campagne de 2018 a également permis de mettre au jour l’entrée principale du site : la Porta Marie. Il s’agit d’une porte à cour intérieure, dont la planimétrie peut être rapprochée de portes analogues dans la région (Civita di Tricarico, Serra di Vaglio, etc). Son état de conservation est tout à fait remarquable. Il est possible de reconstituer une élévation d’au moins deux mètres, tandis que la présence d’un bloc courbe suggère de restituer une voûte. Cette découverte permet de souligner l’importance scientifique du site : Monte Torretta offre une mine d’informations sur l’architecture militaire de Basilicate et, plus généralement, d’Italie méridionale.

Enfin, l’IMAA du CNR a entrepris une série de relevés géophysiques dans le secteur de la Porta Livia et de la Porta Marie. Ces analyses ont révélé la présence d’un nombre important d’alignements de murs, qui attestent une occupation dense intra-muros et un réseau viaire. Outre le tracé de l’enceinte et sa construction, le cœur même de l’établissement commence à reprendre vie.


2019

La troisième campagne archéologique eut lieu en été 2019. Elle avait pour objectif d’obtenir de nouvelles données sur le fonctionnement et la datation du système de fortification du site.

À l’issue de cette campagne, nous pouvons affirmer que les planimétries antérieures doivent être entièrement corrigées, en particulier pour le secteur Ouest de l’acropole. En effet, bien qu’il soit certain que des fortifications aient existé dans ce secteur en raison de la présence de blocs en bas de la pente, la seule attestation possible d’un tel dispositif est un tronçon à double parement : il est conservé de manière très partielle sur une longueur de 8 m, mais ses blocs et sa technique de construction sont complétement différents de ceux (plus récents ?) du mur Sud de l’Acropole. Bien que restituant – de manière parfaitement gratuite – un tracé dans la continuité du mur Sud de l’acropole vers l’Ouest, nos prédécesseurs n’avaient pu en retrouver la moindre trace : en effet, nous avons pu redécouvrir une série de profonds sondages perpendiculaires à la pente dans le secteur Ouest, mais aucun ne présente de restes de ce mur.

Une intervention ciblée dans la partie centrale du mur Sud de l’acropole a permis de déterminer la technique de construction. Le remplissage de la muraille est constitué de plusieurs couches très compactes mélangeant des matériaux de remploi ainsi qu’une grande quantité de terre argileuse. Ce remblai s’appuie contre le rocher naturel en pente, sans qu’un second parement ait été mis en évidence jusqu’à présent. En l’état, le mur de l’acropole s’apparente donc à un mur de soutènement d’une terrasse. Il n’est toutefois pas exclu qu’un parement intérieur ait été aménagé à une hauteur qui n’a pas été conservée, ménageant ainsi un chemin de circulation sur un mur de fortification. Ces remblais sont séparés par des murs de refend, formant une série de « caissons », qui permettaient de contenir le terrain et de répartir les pressions exercées par la pente. Ces aménagements font probablement partie d’un grand projet de terrassement de l’acropole. Grâce à l’étude de la céramique, il est possible de fixer le terminus post quem pour l’érection de ce mur à la fin du IVe av. J.-C. Il s’agit là du premier élément de datation obtenu en stratigraphie pour une « muraille lucanienne ». À cette phase, semble également appartenir la porte d’accès principale de l’établissement (Porta Marie), dont les méthodes de construction sont similaires : appareil quadrangulaire et remblai de soutènement adossé à la pente naturelle sans second parement conservé.

Une investigation portant sur le système de fortifications de l’extrémité orientale du site a permis de mettre au jour une tour carrée que Francesco Ranaldi avait fouillée dans les années 1950. Elle est parfaitement jointe au mur d’enceinte principal à l’Est et à l’Ouest. Un étrange appendice triangulaire est adjoint à la partie orientale de la tour. Ce plan, tout à fait singulier dans le sud de l’Italie, laisse entendre l’importance de ce secteur : il s’avère qu’en ce lieu passe un chemin ancien utilisé par les pasteurs et leurs troupeaux, qui reproduit très probablement le tracé d’une route antique.